Entretien publié le 01/04/2007 - Soleo 15
L’enseignant qui effectue une mission Erasmus en Europe suscite à coup sûr une culture de la mobilité chez ses étudiants. En scellant des partenariats durables avec ses homologues, il rapporte aussi de l’innovation pédagogique dans son université.
La preuve est faite avec Marinette Thébault, maître de conférences en sciences de gestion qui a effectué une mission d’enseignement (TS) en Allemagne dans le domaine de la gestion et du tourisme. Elle enseigne par ailleurs le marketing à l’institut d’administration des entreprises (I.A.E.) de l’université de La Réunion et occupe également le poste de directrice des études de l’I.U.P. tourisme et hôtellerie.
Sa mobilité Erasmus à Saarbrücken a dynamisé la mobilité de ses étudiants pour lesquels elle a préparé des terrains d’accueil en Europe.
Soleo : Comment s’est décidé votre mission en Allemagne ?
Marinette Thébault : Ayant créé cet I.U.P. (formation supérieure en 3 ans) en 2000, je voulais développer des partenariats Erasmus avec l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni. Un des deux vice-présidents du SCRI (Service Commun des relations internationales) de l’université de La Réunion a rencontré lors d’une réunion à Paris la responsable des relations internationales de la Hochschule für Technik und Wirtschaft des Saarlandes à Saarbrücken qui était intéressée par un partenariat dans le domaine de la gestion et du tourisme. J’ai immédiatement donné suite en me rendant sur place.
Malgré l’éloignement géographique de l’île, l’université de La Réunion oeuvre avec énergie pour rendre l’Europe accessible à ses étudiants, à ses enseignants, à sa communauté éducative.
Elle est elle-même terre d’accueil pour les Erasmus du continent.
Notre magazine fête l’anniversaire d’Erasmus avec Marinette Thébault, enseignante, et deux étudiants,
Mathieu et Alessandro qui ont réussi la traversée Erasmus avec talent.
Retrouvez leurs témoignages.
Soleo : Etait-ce votre première mobilité professionnelle dans le cadre des formations que vous dirigez ?
M. T. : Notre formation étant située dans l’océan Indien je voulais également créer des partenariats avec les pays de la zone. Je venais juste de me rendre en Afrique du Sud où j’avais noué un partenariat avec l’université du Cap, UWC (university of Western Cape), pour un échange d’étudiants, voire d’enseignants. Mais il s’agissait d’une négociation, pas d’une mission d’enseignement.
La démarche vers la HTW était donc la deuxième démarche entreprise. Elle s’est elle aussi concrétisée par un partenariat, cette fois-ci dans le cadre d’Erasmus.
Ma motivation première était de favoriser l’ouverture internationale. Du fait de l’éloignement de la Réunion, il me paraît tout à fait indispensable que les étudiants aient des occasions de découvrir d’autres systèmes d’enseignement, d’autres méthodes de formation, d’autres environnements, cultures, modes de vie, voire d’autres continents. Ceci est d’autant plus crucial pour des étudiants qui se forment au management des activités touristiques. Le développement des compétences linguistiques constitue un autre attrait, très important pour un projet professionnel dans le secteur du tourisme. Ceci s’applique tout particulièrement à La Réunion, où existe une volonté forte de développer le tourisme avec l’Allemagne : la clientèle actuelle étant en grande majorité française, il y a nécessité d’attirer des clients allemands qui ont des attentes en adéquation avec les opportunités offertes localement (montagne, randonnée, éco-tourisme, soleil en hiver, activités balnéaires, etc.).
L'ile de La Réunion possède depuis 1982 une université répartie sur 3 sites. Elle est d'ailleurs la seule université européenne dans cette zone géographique.
L'université qui est à la fois française, francophone d'outre-mer et européenne ultra périphérique, possède des accords de partenariat avec plus de 70 universités.
Elle rassemble 12 000 étudiants dont environ 570 étrangers en mobilité, de 46 nationalités différentes. On trouve parmi ces derniers, 155 Européens (avec un fort contingent d’Allemands et de Britanniques) qui partent en majorité dans le cadre du programme Erasmus. Ce programme a permis l'an dernier à 78 Réunionnais de partir en Europe continentale et à 120 étudiants entrants de vivre à La Réunion une expérience originale en milieu francophone.
Les mobilités Erasmus sont généralement longues (9 mois en moyenne) et les destinations préférées des Réunionnais en Europe sont classiquement le Royaume-Uni et l'Espagne.
Soleo : Dans quelle mesure votre mobilité d’enseignante a-t-elle pu favoriser la mobilité de d’étudiants ?
M. T. : elle a été capitale. Je devais vérifier l’adéquation de cet échange Erasmus à nos étudiants avant de les inciter à en bénéficier. Mais une fois convaincue de l’intérêt pour les étudiants d’effectuer un semestre, voire une année dans cette institution, j’ai pu leur présenter les différents avantages qu’ils pourraient en retirer. Ayant rencontré les responsables et les enseignants des filières concernées, j’avais en outre la certitude que l’accueil qui serait réservé à mes étudiants faciliterait leur adaptation dans un pays distant de plus de 11000 kilomètres.
Soleo : Quelles sont les freins à la mobilité des enseignants, dont on constate qu’elle n’est pas en nette progression ?
M. T. : En ce qui me concerne, le principal frein est financier, dans la mesure où les fonds perçus ne couvrent pas les dépenses liées au déplacement.
Soleo : La rencontre avec des partenaires européens a-t-elle favorisé une collaboration plus large, comme l'ouverture sur un programme intensif ou sur des modules de cours communs ?
M. T. : Oui, tout à fait. Nous avons par exemple évoqué la possibilité de modules de cours communs en management international, par visio-conférence pour limiter les frais.
Nous étudions aussi la possibilité de faire travailler nos étudiants en tourisme sur des projets identiques, qui seraient traités dans les deux établissements, et dont les résultats seraient mis en commun (par exemple tourisme industriel, avec la possibilité de travailler également avec un établissement d’enseignement partenaire québécois pour donner une autre dimension à ce travail). Cela peut également déboucher sur un travail de recherche appliquée mené en commun.
La collaboration se fait aussi au niveau de la recherche de stages : j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs professionnels (comité du tourisme, musées par exemple) qui ont accepté de prendre des stagiaires de La Réunion. Une étudiante de La Réunion passe actuellement une année complète de formation à la HTW et effectue son stage au sein du comité du tourisme local (Tourismuszentrale). Il s’agit d’un projet transfrontalier franco-luxembourgo-allemand qui porte sur le développement d'une stratégie pour le tourisme dans la grande région Sarre - Lorraine- Luxembourg.
Soleo : De quoi pourrions-nous nous inspirer, dans le système universitaire allemand, qui vous semblerait novateur ?
S.T. : Je n’ai pas la prétention de connaître assez le système universitaire allemand pour répondre à cette question. Cette Fachhochschule me semble être très proche de notre fonctionnement à l’IAE / IUP : des groupes d’étudiants de taille réduite, une forte proximité avec le monde professionnel, le souci de dispenser une formation qui débouche sur des métiers, le poids des stages, etc.
Soleo : Quel est votre plus beau souvenir durant cette mobilité ?
S.T. : La qualité de l’accueil en général et le contact très étroit noué très rapidement, le sentiment d’ « être chez soi » et de faire en quelque sorte partie de cette institution.

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