Cyril Béros (Ircam) : un nouveau cursus entre création musicale et innovation technologique

Entretien publié le 01/01/2008 - Soleo 17

Un article : Leonardo da Vinci

L'institut de recherche et de coordination acoustique/musique fondé par Pierre Boulez propose à Paris, depuis la rentrée 2007, un cursus de composition et d'informatique musicales en collaboration avec cinq partenaires universitaires européens.
Le directeur du département de pédagogie et d'action culturelle, Cyril Béros, répond aux questions de Soleo.

Soleo : Il existe, à l’heure actuelle, une grande disparité de formations et de diplômes dans le domaine de l’informatique et des nouvelles technologies appliquées à la création musicale. Le cursus européen que vous proposez avec cinq partenaires, est un projet pilote qui vise l’excellence en ce domaine :
qu’apportera-t-il en termes d’harmonisation ou de standard européen ?

Cyril Béros
: La situation est en effet très diverse. Et il y a des raisons historiques profondes à cela : la séparation en France, et ailleurs en Europe, entre les structures de l’enseignement spécialisé de la musique et le monde universitaire ; le fait aussi que la musique électronique soit née avec l’essor, à partir des années cinquante, de studios de recherche et de création autonomes par rapport aux structures de l’enseignement. Ces studios ou ces centres de recherche, comme l’Ircam, sont restés des lieux privilégiés de formation à la musique électronique, sans pour autant que des liens institutionnels n’existent encore avec les conservatoires ou avec les universités.
Le cursus pilote vise d’abord à partager ces problématiques avec tous nos partenaires qui ont des traditions spécifiques : meilleure connaissance réciproque de nos pratiques pédagogiques, recherche de complémentarités en termes de modalités et de contenus d’enseignement. Pour cela, des échanges concrets entre les institutions auront lieu tout au long du projet. Fort de cette expérience pratique, notre effort sera d’affiner l’analyse et de faire émerger, si possible, un cadre et des principes communs susceptibles de renforcer les partenariats et les échanges entre nos institutions. La mise en oeuvre du LMD (licence, master, doctorat) dans le champ culturel est un moment favorable pour renforcer ces liens.

Soleo : Comment analysez-vous l’impact de ce cursus européen sur l’ensemble de votre offre de formation, et comment envisagez-vous la poursuite de votre cursus au terme des deux années de financement dans le cadre du programme Leonardo da Vinci ?

C. B.
: Le programme européen a représenté une très bonne opportunité pour faire évoluer notre offre, et réfléchir à une meilleure inscription de celle-ci dans le paysage de l’enseignement supérieur. Notre objectif est de renforcer le cursus pour les compositeurs, qui est en quelque sorte notre marque de fabrique internationale : d’une part, un master commun et pérenne avec des établissements supérieurs partenaires, ce qui devrait être le cas à l’issue du programme Leonardo da Vinci en 2009 ; d’autre part, des modules de recherche et de création constitutifs d’un doctorat dans le champ artistique, ce qui reste à inventer institutionnellement parlant. Je crois que, forte de la richesse de ses traditions artistiques et de la multiplicité des studios de recherche, l’Europe a les atouts pour proposer dans ce secteur l’une des offres de référence au plan mondial.
Dans le champ que les Anglo-Saxons appelle la Computer Music, on peut distinguer plusieurs profils de métier ou de champs d’activité qui croisent des compétences de type scientifique ou technique et une connaissance pointue de la création : les compositeurs utilisant les nouvelles technologies bien sûr, mais aussi les métiers de la réalisation informatique dans le spectacle vivant, qui sont des passerelles entre le monde de la recherche et le monde de la création. Existent aussi l’innovation et la recherche dans les domaines de l’acoustique, du traitement du signal et de la représentation symbolique du son, qui trouve des applications de plus en plus inattendues. Et enfin, le design sonore, entendu comme discipline à la croisée de la connaissance du son et de sa fonctionnalité dans différents contextes industriels (design d’objet), architecturaux (design d’espace) et numériques (design éditorial).

C’est l’ensemble de ces champs qu’il s’agit d’investir, en garantissant toujours la meilleure insertion professionnelle : formation pratique et critique, intégration dans les laboratoires, multiplication des contacts, initiation au travail collaboratif. Innovation pointue et création exigeante sont profondément ancrées dans l’histoire de l’Art. Nous ne sommes pas là dans des secteurs secondaires, ni dans le nivellement de l’entertainment, mais bien au coeur de ce qui fait l’identité européenne et le dynamisme des sociétés d’aujourd’hui.