Entretien publié le 14/05/2008 - Soleo 18
La région Nord-Pas-de-Calais est fortement impliquée dans différents programmes communautaires et travaille en partenariat avec plusieurs régions européennes.
Conseillère régionale, Marie-Laurence Davoine, a participé, en tant que chargée de la mission illettrisme à la journée européenne de prévention et de lutte contre l'illettrisme (Cueep : Centre université-économie d'éducation permanente, Lille, octobre 2007). Elle présente la mise en œuvre de la politique européenne dans sa région.
« La région Nord-Pas-de-Calais a décidé d'abandonner une politique de guichet. Il s'agit aujourd'hui de maintenir une offre de formation cohérente sur le territoire. Nous favorisons l'émergence de projets mais toute demande de financement fait désormais l'objet d'une négociation préalable, avec une véritable construction de projet. »
« Le Nord-Pas-de-Calais est la première région de France métropolitaine bénéficiaire des fonds structurels, avec 1,08 M€ au titre de l'objectif "compétitivité régionale et emploi ». La région reçoit et gère les fonds du FSE (fonds social européen) qui permettent de soutenir des projets pour l'emploi, la qualité et la productivité du travail ainsi que l'inclusion sociale. Nous nous positionnons sur trois axes : l'emploi des salariés, l'accès des demandeurs d'emploi à la qualification (80% des subventions) et l'accompagnement des personnes en situation d'exclusion (de10 à 15%).
Nous retrouvons la problématique de l'illettrisme dans ce dernier axe. L'intervention du conseil régional en faveur des personnes en situation d'illettrisme s'inscrit dans une volonté de lutte contre les exclusions sociales, professionnelles et culturelles liées à l'absence des savoirs fondamentaux.»
« Un organisme de formation, porteur de projet, ne peut cumuler plusieurs types de financements européens. Nous devons donc parfois savoir nous dégager des actions du FSE pour que certains organismes puissent bénéficier d'autres fonds européens, ceux du programme intégré d'éducation de formation tout au long de la vie par exemple. Nous sommes là dans le cas de figure où la région accompagne des initiatives tierces : il ne s'agit plus d'une action directe de financement mais d'un accompagnement de projet, qui a toujours comme préoccupation la cohérence territoriale.»
« Nous avons un problème majeur autour de la cohérence sur un même territoire : cohérence entre les institutions elles-mêmes (l'Europe, la région, les autres institutions territoriales, locales), cohérence aussi avec les objectifs et la logique éducative du terrain.
Dans un souci d'efficacité, nous devons trouver un équilibre entre la promotion des projets, leur financement européen et certaines décisions prises au niveau européen qui nous échappent, ce qui ne facilite pas toujours la tâche des acteurs de terrain : La loi nous impose donc par exemple la procédure de marché public pour les actions de lutte contre l'llettrisme. Elle nous contraint donc à mettre en concurrence des opérateurs qui, depuis dix ans, avaient fait de gros efforts pour travailler en partenariat et construire un réseau. Tout ce travail se trouve aujourd'hui menacé. Il est par ailleurs difficile d'accepter que, alors que la région s'est déclarée hors AGCS (accord général sur le commerce et les services), les savoirs de base soient considérés comme une marchandise et fassent l'objet d'une mise en concurrence, comme s'il s'agissait d'acheter des boîtes de conserve. Nous considérons, au vu de notre investissement historique, que nos concitoyens doivent pouvoir disposer d'un socle commun de connaissances de base pour accéder à leurs droits et à un avenir socio-professionnel satisfaisant. Cela ne devrait pas, à mon sens, s'inscrire dans le champ du marché.»

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