Fred Dervin : « Rencontrer l’autre est certainement l’une des expériences les plus difficiles de nos vies humaines »

Article publié le 14/04/2009 - Soleo 20

Un article : Erasmus

Fred Dervin se dit lui-même difficile à classer mais se définit volontiers comme humaniste. Linguiste et didacticien des langues, il publie aussi en anthropologie et sociologie.
Occupant depuis plusieurs années un poste de maître de conférences dans le département d'études françaises de l'université de Turku (Finlande), il travaille essentiellement sur les mobilités académiques (Erasmus notamment), les nouvelles technologies dans la construction des identités et l'utilisation des langues véhiculaires dans les couples binationaux. La mobilité, il connaît bien : hypermobile, il a résidé en Angleterre et à Hong-Kong avant de se fixer en Finlande.

L’interaction au cœur de l’interculturel

Les notions d'interculturel et de citoyenneté européenne sur lesquelles nous l'avons interrogé le taraudent, certes, mais relèvent pour lui du flou terminologique. Pour le premier terme, il réfute les "grammaires des cultures" qui permettraient d'analyser les rencontres dites interculturelles. «En général décontextualisées, ces grammaires et ne peuvent s'appliquer à tous les citoyens/habitants d'un pays. Ce qui m'intéresse, c'est de voir comment les individus se construisent en situation d'interaction, et de faire émerger toute la diversité qui se cache derrière les modèles figés de ce qu'ils pensent représenter les uns les autres, en termes de culture et d'identité nationales. »


Le deuxième concept est pour Fred Dervin tout aussi problématique. Si on l'applique aux étudiants européens mobiles, certains vous diront qu'ils se sentent plus européens que d'autres après un séjour à l'étranger. Mais demandez-leur ce que cela signifie pour eux et tout se brouille. Certes, le sentiment de citoyenneté européenne "augmente" après un séjour à l'étranger, mais l'appartenance nationale s'en trouve parfois renforcée ou bien l'autre continue à être réduit à des représentations ou des préjugés. L'identification à l'Europe est loin d'être gagnée, tout comme le sentiment de citoyenneté européenne, même si Erasmus permet à des millions de jeunes de se rencontrer et de discuter ».

Une formation pour aller au-delà du pseudo « interculturel »

Lire Fred Dervin

Dervin, F. & M. Byram (eds). Echanges et mobilités académiques. Quel bilan ? Paris : L'Harmattan. 2008.
Auger, N., Dervin, F. & E. Suomela-Salmi (éds.).


Pour une didactique de l'imaginaire dans l'enseignement-apprentissage des langues. Paris : L'Harmattan. 2009.

Il publiera en 2010 Les impostures de l'interculturel et co-dirige actuellement avec Patrick Danaher (Australie) une encyclopédie sur la mobilité éducative (parution 2010 en anglais).

Comment se parler et se comprendre, de quel point de vue partir, du sien, de celui de l'autre, comment les combiner ? Les porteurs de projet en multipartenariat européen se posent ces questions et trouvent toujours, pour travailler ensemble et coopérer, des consensus et des ententes, jouant des ressources qu'offrent la connaissance de la langue et de la culture de l'autre.


Fred Dervin a mis en place à Turku une formation qui commence à porter ses fruits. Elle aide les étudiants à prendre conscience de toute la complexité des rencontres interculturelles.